Date de publication: 
Jan 2017

La République centrafricaine (RCA) détient une longue et turbulente histoire de conflits violents et d’instabilité politique. Depuis 2013, date à laquelle la dernière crise a éclaté, des efforts considérables ont été faits pour éviter que le pays ne sombre dans le conflit armé. Il n’en reste pas moins un État fragmenté où les groupes armés contrôlent de très vastes territoires et où règne un profond sentiment d’insécurité et de méfiance. Même si un plan national de désarmement, démobilisation, rapatriement et réinsertion (DDRR) est prévu, la population a besoin avant tout d’initiatives capables de restaurer la confiance. Pour cela, nous devons comprendre les raisons pour lesquelles les gens continuent de se battre.

L’importance de dialoguer avec les groupes armés

Cela fait longtemps que Conciliation Resources vante les mérites d’entretenir des contacts avec les groupes armés dans le cadre de processus de paix. Nos travaux récents démontrent à nouveau l’importance de dialoguer avec les communautés. En République centrafricaine, nous avons favorisé la mise en place de cellules de paix locales (CPL) chargées de recueillir les points de vue de 70 commandants et représentants de la base de groupes armés appartenant à l’ancienne coalition de la Seleka et aux anti-Balaka (milices locales de protection créées en réaction aux attaques de la Seleka), ainsi que des membres de groupes d’autodéfense mis en place principalement dans les quartiers musulmans. En faisant la lumière sur les motivations des individus à rester dans les groupes armés ainsi que sur les facteurs susceptibles de les convaincre d’en partir, ces résultats peuvent contribuer à élaborer à l’échelle locale et nationale des initiatives de paix et de réconciliation adaptées.

« Je suis en sécurité tant que je reste » 

La principale motivation invoquée par l’ensemble des membres interrogés pour rester dans leur groupe est le besoin de sécurité et la peur permanente des attaques. La plupart d’entre eux se sont dits prêts à quitter leur groupe si leur sécurité était assurée. Ils sont toutefois une majorité à douter qu’il existe un processus doté de l’autorité, de la confiance et de la légitimité nécessaires pour garantir à chacun la sécurité contre laquelle ils adhéreraient au désarmement.

Tant que les Balaka ne déposeront pas leurs armes, je garderai la mienne auprès de moi. 

         Membre d’un groupe d’autodéfense [protection de la communauté musulmane}

Ce sentiment dominant d’insécurité représente un véritable obstacle à la réussite du processus de DDRR. En outre, nombreux sont ceux qui craignent d’être rejetés par leur communauté s’ils quittaient leur groupe.

Quitter le groupe, c’est mettre ma vie en danger. Je deviendrai un ennemi du groupe, en plus d’être déjà un ennemi de la population qui a peur des groupes armés.        

         Membre des Ex-Seleka

Reconstruire les communautés

Face à cette impasse, les artisans de paix communautaires constituent un espoir, et leur travail pourrait être un atout vital au processus de DDRR. Les cellules de paix locales ont un important rôle à jouer à la tête des processus communautaires de réconciliation et dans l’accompagnement des anciens combattants dans leur retour. Conciliation Resources apporte son soutien à 12 CPL ; menés par des bénévoles, ces groupes communautaires repèrent et résolvent les conflits dans leur communauté. Grâce à ce travail, ils sont parvenus à instaurer la confiance et à acquérir les connaissances nécessaires pour devenir des interlocuteurs essentiels entre les communautés et les groupes armés.

Nombreux sont les membres de groupes armés qui aspirent réellement à retourner à une vie normale ; la majorité des personnes interrogées invoquent d’ailleurs un manque de perspectives d’avenir pour rester dans leur groupe plutôt qu’une véritable adhésion à l’idéologie ou aux ambitions politiques de ce dernier. 

Pour le moment, avec certains de mes amis nous faisons de la maçonnerie et du charbonnage en attendant le processus de DDRR. Quand je partirai [du groupe], je pense qu’ils me suivront et que nous continuerons notre petite entreprise.

         Membre anti-Balaka.

Il ressort des entretiens une certaine hâte de voir le processus de DDRR commencer : la participation à ce processus est la deuxième raison de quitter les groupes armés. Cependant, nombre des personnes interrogées restent sceptiques : le plan de DDRR a déjà échoué par le passé, ne faisant que renforcer la défiance des gens à l’égard de l’État. Ces entretiens révèlent la nécessité pour les responsables du processus de DDRR d’informer clairement les parties concernées des tenants et aboutissants du processus afin d’être à la hauteur des attentes.

La République centrafricaine, aidée de la communauté internationale, se lance actuellement dans un ambitieux plan national de relèvement et de consolidation de la paix visant à désarmer et à réintégrer les acteurs armés, à faciliter la réconciliation et la cohésion sociale, à améliorer la gouvernance, à réformer le secteur de la sécurité et à favoriser le redressement économique. Les progrès dans ces différents domaines sont vitaux et d’autant plus probables s’ils s’accompagnent d’un soutien aux initiatives locales et citoyennes de médiation des tensions, de prévention des conflits et des flambées de violence et s’ils cherchent à rétablir la confiance et les relations durement mises à mal par des années de violence.

Pour en savoir plus sur le sujet, consultez notre note d’information dans son intégralité : Les points de vue des groupes armés non étatiques en République centrafricaine. Des informations supplémentaires sur la réconciliation en République centrafricaine sont disponibles dans notre dernière publication : Disarmament of the Heart.

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